Je ne regarde pour ainsi dire jamais la télévision, aussi lors des rares occasions où je me place devant le petit écran, je suis totalement éberlué par ce qui s'y trouve. Ce que l'habitude fait oublier aux uns me surprend avec d'autant plus de violence que je sais qu'il s'agit de la normalité. J'entends parler de ce que j'ai redécouvert mercredi dernier à l'occasion du débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
Comment décrire le sentiment d'artificialité qui m'a saisi dès les premières minutes de débat ? Cet environnement confiné, désert. L'absence de tout matériau, de toute lumière naturels, faisant de la cage plastifiée dans laquelle évoluaient les candidats et les journalistes un objet sans substance, qui eût pu être aisément remplacé par un décor numérique.
Surtout, comment comprendre qu'une mise en scène aussi déroutante, faisant d'un débat déterminant pour des millions d'individus une joute verbale quasi irréelle, semblant placée en un espace intemporel, conférant aux participants une nature particulière, une sacralisation indéniable, ne soit pas l'objet d'une seule critique, passe pour être le standard en matière de débat politique ?
Ce débat a la spécificité d'être la conjugaison de deux phénomènes typiques de notre société dégénérée, de l'aliénation mentale carabinée dont sont victimes les classes populaires : d'une part, l'érection des médias comme source immaculée de la vérité, d'autre part la reproduction de la concurrence entre les individus à tous les niveaux par la transfiguration de la lutte violente entre les individus qui est le propre de la réalité en jeu innocent et pacifié. L'analogie avec les autres jeux télévisés est frappante.
Les premiers débats télévisés avaient lieux dans un salon de l'Elysée, ce genre de choses. Puis on les déplaça sur des plateaux télé grisâtres, sortes d'annexes sans grand intérêt visuel. Mais que penser d'une salle tracée au cordeau, ou chaque objet a sa place au millimètre près ? Trois caméras s'agitent dans un espace blafard, autour de candidats au brushing nanométrique, au maquillage impeccable, aux gestes calculés des jours à l'avance, aux comportements parfaitements lisses et civils. N'y a t'il pas derrière cela la volonté délibérée de marquer la différence profonde entre le monde réel et le monde télévisuel, et la supériorité écrasante de ce dernier, où tout est parfait et ritualisé ? N'y a t'il pas là la volonté de consacrer l'autorité de ce qui s'y dit, de ce qui s'y passe ? Bref, toute cette mascarade ne scelle t-elle pas l'alliance entre une nouvelle caste de prêtres et la classe dirigeante bourgeoise traditionnelle, inondant l'une et l'autre le peuple de leurs informations ineptes et de leurs débats dévitalisés ? Malheureusement, il semblerait bien que si.
Après avoir regardé chacun chez soi le débat télévisé, les Français se sont empressés de débattre sur internet de leurs premières impressions, s'ils ne sont allés oublier tout de suite ce qu'ils avaient vu dans le sommeil ou dans un film. Il n'est pas exclu qu'enfermés peu à peu dans une réalité virtuelle d'où les hommes sont absents, les passions s'endorment, et que les téléspectateurs, plutôt qu'agenouillés devant l'image du débat télévisé, prennent la scène pour un rêve sans grande importance, dont l'absence d'impact immédiat sur la réalité ne traduit que l'absence d'impact tout court.
Comment décrire le sentiment d'artificialité qui m'a saisi dès les premières minutes de débat ? Cet environnement confiné, désert. L'absence de tout matériau, de toute lumière naturels, faisant de la cage plastifiée dans laquelle évoluaient les candidats et les journalistes un objet sans substance, qui eût pu être aisément remplacé par un décor numérique.
Surtout, comment comprendre qu'une mise en scène aussi déroutante, faisant d'un débat déterminant pour des millions d'individus une joute verbale quasi irréelle, semblant placée en un espace intemporel, conférant aux participants une nature particulière, une sacralisation indéniable, ne soit pas l'objet d'une seule critique, passe pour être le standard en matière de débat politique ?
Ce débat a la spécificité d'être la conjugaison de deux phénomènes typiques de notre société dégénérée, de l'aliénation mentale carabinée dont sont victimes les classes populaires : d'une part, l'érection des médias comme source immaculée de la vérité, d'autre part la reproduction de la concurrence entre les individus à tous les niveaux par la transfiguration de la lutte violente entre les individus qui est le propre de la réalité en jeu innocent et pacifié. L'analogie avec les autres jeux télévisés est frappante.
Les premiers débats télévisés avaient lieux dans un salon de l'Elysée, ce genre de choses. Puis on les déplaça sur des plateaux télé grisâtres, sortes d'annexes sans grand intérêt visuel. Mais que penser d'une salle tracée au cordeau, ou chaque objet a sa place au millimètre près ? Trois caméras s'agitent dans un espace blafard, autour de candidats au brushing nanométrique, au maquillage impeccable, aux gestes calculés des jours à l'avance, aux comportements parfaitements lisses et civils. N'y a t'il pas derrière cela la volonté délibérée de marquer la différence profonde entre le monde réel et le monde télévisuel, et la supériorité écrasante de ce dernier, où tout est parfait et ritualisé ? N'y a t'il pas là la volonté de consacrer l'autorité de ce qui s'y dit, de ce qui s'y passe ? Bref, toute cette mascarade ne scelle t-elle pas l'alliance entre une nouvelle caste de prêtres et la classe dirigeante bourgeoise traditionnelle, inondant l'une et l'autre le peuple de leurs informations ineptes et de leurs débats dévitalisés ? Malheureusement, il semblerait bien que si.
Après avoir regardé chacun chez soi le débat télévisé, les Français se sont empressés de débattre sur internet de leurs premières impressions, s'ils ne sont allés oublier tout de suite ce qu'ils avaient vu dans le sommeil ou dans un film. Il n'est pas exclu qu'enfermés peu à peu dans une réalité virtuelle d'où les hommes sont absents, les passions s'endorment, et que les téléspectateurs, plutôt qu'agenouillés devant l'image du débat télévisé, prennent la scène pour un rêve sans grande importance, dont l'absence d'impact immédiat sur la réalité ne traduit que l'absence d'impact tout court.
Commentaires
je regarde pour ainsi dire jamais la tv non plus, suis assez d'ac avec tes mots. et je pense que finalement nous sommes des gros veinards. J'ai même commencer à couper la radio ces derniers temps, c'est salutaire si l'on a la moindre envie de réfléchir, et de garder les moyens de s'informer. Il faut tenir bon!
commentaire n° : 1
posté par :
L.G.
(site web)
le: 07/05/2007 12:14:28
Coucou!
Du nouveau sur la carte du monde des blogueurs pour trouver facilement tes voisins!
C'est par là :
http://sophierodriguez.over-blog.com/article-11132178.html
Bisous et bon dimanche!
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Bisous et bon dimanche!
commentaire n° : 2
posté par :
Sophie (Ti Taz sur OB)
(site web)
le: 01/07/2007 15:15:55
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